Parler de moi ?

J’étais au cœur d’Oslo, à 2 rues de la bombe, et puis sur Facebook

Vendredi dernier, à 15h20, j’étais dans un pub de Karl Johans gate, l’avenue principale d’Oslo, en train de regarder le Tour de France avec Matthieu, un ami français, quand la bombe a explosé. On a entendu une forte détonation, mais on n’a pas compris sur le coup. Quelqu’un a changé de chaîne, on a vu les images de NRK, ça se passait à 2 rues de nous, ça ressemblait au 11 septembre. J’ai appelé Marianne, pour savoir si elle était au courant. On a dû évacuer, le pub a dû fermer. C’est seulement à partir de ce moment que je me suis rendu compte de la situation. Je suis rentré à pied à la maison, au calme et en sécurité. Puis j’ai commencé à prendre et donner des nouvelles sur Facebook.

C’est difficile de parler des médias sociaux, sujet très à la mode, peut-être trop, quand un massacre à eu lieu, quand autant de personnes ont été tuées, quand un pays entier est en deuil. Je pourrais vous parler de la réaction des Norvégiens à cette terrible tragédie et essayer de comprendre pourquoi un tel détraqué a pu naître dans un pays si calme et paisible. Mais je souhaite m’en tenir à la ligne éditoriale de mon blog et, comme je l’avais fait au moment des événements en Tunisie et en Egypte, mettre en perspective l’apport de Facebook dans ce drame.

La légitimité d’un média social, c’est de pouvoir faire le lien, l’intermédiaire, entre plusieurs membres d’une même communauté et de passer les messages dans tous les sens, de ne pas se limiter à une communication ascendante ou descendante. Ce week-end, j’ai concrètement expérimenté cette grande qualité du média social n°1. Après être rentré chez moi, je me suis connecté à Facebook. J’avais ressenti le besoin de partager ce qui se passait, de rassurer mes proches, de prendre des nouvelles d’eux, de comprendre quels horribles événements se déroulaient.

Je me suis donc connecté au seul media qui pouvait me donner, en un seul point, des nouvelles simultanées et instantanées d’une grande partie de mes amis , de ma « communauté ». Ma famille, mes enfants, qui étaient en France, je les ai appelés dès que je suis rentré. Téléphone. Mais je ne pouvais pas appeler mes amis et connaissances, éparpillés à Oslo, Paris, à la Martinique, en Tunisie, à New-York et ailleurs. Je voulais savoir si ceux qui étaient à Oslo allaient bien et rassurer ceux qui n’y étaient pas sur notre sort. Le plus rapidement et le plus efficacement possible. Facebook.

J’ai donc écrit un message sur mon mur à 16h23. Et j’ai commencé à avoir des nouvelles. J’ai aussi énormément consulté le mur de Fabrice, un autre ami français d’Oslo, qui se trouvait aussi au centre ville et témoignait des événements avec ses amis sur FB. J’ai échangé avec Tatsu qui était en partance pour des vacances en France.

Anders Behring Breivik

Anders Behring Breivik, le visage de la haine

Puis j’ai commencé à avoir des infos sur le massacre qui se perpétrait à Utøya. À 19h13, j’ai mis à jour mon statut FB, car une vision de cauchemar s’est emparée de moi. Un mauvais scenario, façon Larsson ou Nesbø, se dessinait dans ma tête, bientôt confirmé par les médias traditionnels. C’est à ce moment-là que je me suis demandé s’il y avait un lien entre la bombe et la tuerie de l’île. J’ai annoncé 30 morts à Utøya à 20h27. L’info n’était pas confirmée, mais j’ai pensé que la publier permettrait à tous de comprendre que le pire se déroulait sur l’île isolée, pas au centre ville ; que ce n’était pas un nouveau 9/11, ni un autre Oklahoma City, mais plutôt un Colombine ou un V-Tech, en plus monstrueux.

Le lendemain, on a appris que le tueur s’appelle Anders Behring Breivik, qu’il a tué près de 80 personnes, dont une majorité de jeunes travaillistes à l’arme automatique et qu’il est entre les mains de la police. Il est fanatique d’extrême droite, Norvégien, blond aux yeux bleus, a grandi et vécu à Oslo ouest, dans le quartier chic de la ville. Ce background social est sans doute l’élément qui va le plus remettre en question la société norvégienne dans les jours qui viennent, lorsque le deuil sera terminé et que le débat commencera.

Je ne sais pas si être et contribuer sur Facebook est un bien ou un mal, du voyeurisme ou de l’exhibitionnisme… Ce que je sais, c’est que c’est le meilleur média que je connaisse pour communiquer rapidement et efficacement avec « sa communauté ». J’en ai eu la preuve.

Je voudrais aussi partager avec vous une pensée pour les familles des victimes et souhaiter que le pays se remette de ce choc pour construire une société plus ouverte.

6 commentaires pour J’étais au cœur d’Oslo, à 2 rues de la bombe, et puis sur Facebook

  • matthNo Gravatar

    Il s’est passé quoi le 9 septembre?

  • FabienNo Gravatar

    C’est une blague ?

  • matthNo Gravatar

    Désolé de tarder à répondre, c’est avec l’actualité que j’ai repensé à ce billet. (hors sujet : Pas de flux RSS pour les réponses ou à la limite d’avertissement par mail?)
    Et non, j’étais sérieux… J’ai eu un doute alors je suis allé regarder la page wiki du 9 septembre (09/09) il y a effectivement le choix pour ce qui est des évènements marquants. Apres, un en particulier je ne vois pas. L’indépendance du Tadjikistan? :-)

  • FabienNo Gravatar

    Bonjour matth,
    Pourquoi insistes-tu sur le 09/09 ? Quand j’écris 9/11, je fais référence au 11 septembre (nine eleven, en Anglais). Tout le monde sait ce qui s’est passé le 11 septembre, non ?

  • matthNo Gravatar

    Ah, j’adore! Pourquoi je parle du 9 septembre? Tout simplement parce que c’est ce que tu as écrit : « Quelqu’un a changé de chaîne, on a vu les images de NRK, ça se passait à 2 rues de nous, ça ressemblait au 9 septembre. »
    Ce n’était qu’une tentative – vraisemblablement ratée – de te faire relire les 5 premières lignes de ton article et de relever la coquille…

  • FabienNo Gravatar

    MERCI ! J’avais cherché la coquille. Je me disais bien que tu faisais allusion à mon texte. Mais j’avais beau me relire… seule la deuxième mention (9/11) m’était retombée sous les yeux. Merci encore pour ton acuité, cher matth ! Je vais de ce pas me corriger.

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