Comme promis il y a un environ un mois, je vous livre mon analyse sur la réalité du marché de la musique. Chiffres à l’appui ! En vérité, il risque de ne plus exister de véritable marché d’ici peu. C’est incroyable de voir s’effondrer une industrie entière en si peu de temps. En fait, c’est vraiment triste… Une industrie si jeune (à peine 50 ans) qui s’en va en fumée.
Petite précision : nous n’aborderons pas ici le marché de la musique en tant que spectacle vivant. Concrètement, voici ce que nous avons constaté en France : en 2002, les ventes de musique enregistrée se réalisaient toutes sur des supports physiques et atteignaient 1,3 Mds € de chiffre d’affaire (ventes en gros des principales maisons de disque françaises aux détaillants français, source : SNEP). En 2009, ce même marché de la musique ne représentait plus que 588 M€, dont 15% pour le numérique (soit 75 M€, cf. graphique). En 7 ans, plus de la moitié du business s’est évaporé. Un marché qui disparait à vue d’œil… Éloquent, non ?
Marché du disque : valeur divisée par deux (source : SNEP)
Alors, que s’est-il passé ? A qui la faute ? Je vais essayer d’éviter la chasse aux boucs émissaires et les réponses toutes faites. Je donnerai mon avis sur le comportement des majors du disque à une autre occasion. Disons, pour faire simple, que cette industrie est confrontée à une mutation technologique sans précédent, dont elle n’arrive pas à se remettre. Il s’agit bien entendu du transfert massif et soudain de la consommation de musique vers Internet, nouveau medium par excellence, aux dépens des media et supports traditionnels (radio, chaîne HI-FI, tourne-disque, CD, K7…). Pourtant, des mutations technologiques, elle en a connues beaucoup en si peu de temps d’existence : microsillon 78T, 33T, 45T, bande magnétique, laser.
La différence réside en ce que les révolutions antérieures préservaient toutes la domination des maisons de disque et le même business modèle, alors qu’Internet ne suit plus la même logique. Soit on tirait ses revenus de la vente de marchandises (vinyle, CD), soit de la vente de publicité (radio, presse). L’initiative venait toujours des maisons de disque (ou producteurs). Aujourd’hui, ces deux modèles se retrouvent sur le même medium et sous deux nouvelles formes : vente de fichiers en téléchargement et vente de publicité accompagnant le streaming. Aucun des deux n’a encore vraiment percé, même si iTunes s’est imposé dans le premier. Les cartes sont encore ouvertes et les frontières toujours pas stabilisées.
Par contre, ce qui constitue le vrai changement est d’ores et déjà établi : le rôle des maisons de disque s’efface dans presque toutes les étapes de la chaîne de valeur. Elles n’ont plus l’initiative ni dans l’enregistrement, ni dans la duplication, ni dans la diffusion. Pire, elles doivent mettre à disposition ce qu’il reste de leur valeur ajoutée sans être sûr d’en retirer le moindre sous. Evidemment qu’elles freinent des quatre fers le passage au numérique ! Comme me disait si bien un partenaire commercial avant que je quitte la Fnac : « tant qu’à mourir, autant mourir le plus tard possible ».
Ce qu’il faut bien comprendre, c’est que la mutation n’est pas terminée. Elle est en cours. C’est le moment d’inventer de nouveaux équilibres, de réinventer de nouveaux business modèles ou bien un mélange d’anciens pour en créer un nouveau. C’est aussi pour cela que je soutiens Spotify dans mon blog. La musique n’appartient plus aux majors du disque. Warner, qui fait la guerre au streaming, devrait plutôt s’interroger sur l’évolution des concepts de possession et de propriété due à Internet.
Le téléchargement, que cette major défend si ardemment aujourd’hui, n’est qu’une infime partie des nombreuses possibilités de consommation que le Web offre pour la musique. C’est évidemment le plus rassurant de tous les nouveaux modes de consommation car le plus prompt à reproduire l’ancienne chaîne de valeur.
Pourtant, posséder un fichier sur son disque dur ne signifie déjà plus grand-chose en 2010. La généralisation du cloud computing prouve que l’endroit où les fichiers sont stockés importe peu. C’est la facilité et la fiabilité de l’accès à ces fichiers qui importent.
Mais nous nous égarons vers d’autres sujets qui méritent d’être traités dans un article à part entière. Merci pour votre lecture.
Depuis mi-février, j’ai ajouté une petite fonctionnalité à mon site qui vous permet de partager, marquer et/ou envoyer mes articles. Sous chaque post se trouve une mini-barre qui s’agrandit lorsque l’on passe sa souris dessus et qui affiche l’icône de Facebook, Twitter, Delicious et autres réseaux sociaux. Grâce à ce plugin qui s’appelle AddToAny, j’ai pu installer un outil indispensable en très peu de temps.
À vous, il vous fait gagner du temps si vous souhaitez partager ou archiver un post. À moi, il me permet de répandre les petites idées et réflexions que je livre sur mon blog au gré de votre réseau. Vær så god !
J’ai lu dans la presse il y a une semaine ou deux que PPR allait investir 1 à 2 M€ dans une société du nom de Rentabiliweb. Bernard Arnault est déjà actionnaire ainsi que Stéphane Courbit. J’ai donc jeté un œil sur ce business qui intéresse tant de monde. Les chiffres semblent éloquents : +16% de progression de chiffre d’affaire, un résultat et une rentabilité que toute l’industrie du Net envie. Alors comment fait-il, Jean-Baptiste Descroix-Vernier, pour être aussi courtisé ?
Jean-Baptiste Descroix-Vernier, patron de Rentabiliweb.
Au lieu d’épiloguer sur ses dreadlocks, essayons plutôt de décrypter ses activités. Avec plus de 600 sites, il dispose d’emblée d’un espace publicitaire qui lui permet d’engranger des revenus via sa régie. C’est bien vu, mais c’est déjà un peu douteux. Personnellement, je n’oserais pas mettre un centime de publicité sur un site qui appartient à une régie, sauf si le site en question a un contenu d’une qualité irréprochable et qu’il intéresse ma cible.
Là où le bas blesse vraiment, c’est justement dans le contenu des sites appartenant à Rentabiliweb. Je n’ai pas pu tout vérifier, mais les quelques uns que j’ai visités montraient tous un contenu d’une banalité affligeante. Design pauvre et interface désagréable pour les yeux. L’un des fleurons présente des jeux bas de gamme, pâles copies de hits du jeu vidéo sur console. J’ai testé un ou deux jeux, puis j’ai cliqué sur un lien, juste pour découvrir quel type de rémunération celui-ci pouvait engendrer. Et voilà que j’atterri sur un autre site, au look & feel très proche du précédent, mais orienté jeux de cartes. En vérifiant mon compteur Alexa inséré dans ma barre Firefox, j’ai constaté un trafic non négligeable, quasi identique à celui du site précédent.
C’est à ce moment précis que j’ai compris le montage de Rentabiliweb. Il s’agit d’une sorte de château de carte fait d’une myriade de sites creux, principalement de jeu ou de rencontre, et qui recycle ses propres visites. Les contenus choisis, bien que vraiment cheap, ont le mérite de générer un temps de visite sans doute supérieur à la moyenne. Il ne reste plus qu’à valoriser ces données de trafic, que l’on commercialise au sein de sa propre régie, basée dans un pays aux taxes quasi-nulles, et le tour est joué ! Vous obtenez une société du Web qui a découvert la martingale, une belle entreprise, ultra rentable et qui progresse… du moins sur le papier (quand on ne regarde que les chiffres des bilans comptables et autres prévisions financières).
Je n’arrive toujours pas à croire que l’on puisse mettre 1 kopeck dans ce mirage.
25 février 2010, 2h22 | Entreprises et tendances du Web
Le géant américain de la distribution a finalisé le rachat de la plate-forme de VOD Vudu.com. Cette information glanée sur le JdN illustre bien que le secteur de la VOD en est encore à un état embryonnaire, de tâtonnements, mais prometteur. La question de l’écran est cruciale. Il est donc toujours temps de se positionner, messieurs les stratèges !
J’avoue que l’appli France Football pour iPhone fait partie de mon top 5 des meilleures iPhone apps. Je m’en suis entiché dès le début. Après avoir apprécié sa facilité de navigation, je me suis amusé à paramétrer quelques alertes. Résultat des courses : je suis surinformé, incollable sur les rumeurs de transfert, pire qu’un vrai fan de foot (que je ne suis pourtant pas, même si j’aime beaucoup ce sport que j’ai pratiqué à haut niveau).
À chaque alerte, je ne peux m’empêcher de visiter l’appli pour lire le reste de l’article ou savoir dans quelles conditions a été marqué le but. C’est ce qu’on appelle une appli vraiment « sticky », dont on ne peut se décoller. L’exploitation des flux d’information est presque parfaite. Les soirs de championnat, c’est le feu d’artifice. Vous pouvez suivre vos équipes préférées au gré de leurs buts ou en suivant le direct. Cette fonctionnalité d’alertes personnalisées est vraiment réussie.
Bien sûr, on peut toujours apporter des améliorations. Je dirais que le contenu pourrait être élargi et que la navigation dans la section « résultats » pourrait être rendue plus fluide. Mais, globalement, c’est une petite appli qui mérite d’être encore plus téléchargée. Allez-y les yeux fermés !
Ah oui, au fait… Vous êtes sans doute déjà au courant, mais l’importance de l’info vaut de s’y arrêter une seconde. Donc voilà, c’est fait ! En France, Spotify est ouvert à tous, sans invitation. La version avec pub, cela va s’en dire. Alors qu’est-ce que cela signifie ?
Tout d’abord, cela confirme l’info selon laquelle leur taux de transformation des consommateurs sans abonnement en consommateurs abonnés est élevé. Ensuite, que l’ADN de Spotify contient une très bonne dose de marketing. En effet, pour dévoiler leurs atours à ceux qui n’avaient pas pu se procurer d’invitation, quel meilleur moment auraient-ils pu choisir que celui où leur concurrent faibli (Deezer) ? Spotify est passé maître dans l’art de susciter une attente, de se faire désirer (leur programme de lancement avec invitations est devenu un cas d’école).
Enfin, la dernière leçon que je me dois de tirer est bien personnelle : je n’ai pas distribué mes invitations assez vite ! Il m’en reste 17 et je ne sais vraiment pas quoi en faire…
10 février 2010, 9h28 | Entreprises et tendances du Web
L’arrivée de la tablette iPad, en plus d’exacerber les passions, a déclenché deux guerres qui risquent de dominer la vie économique liée au Web des prochains mois, voire des prochaines années. La première, dont je vais vous parler aujourd’hui, c’est celle des « A », entendez Apple contre Adobe. La deuxième, qui a déjà fait couler beaucoup d’encre et dont je vous parlerai un autre jour, est celle des « liseuses » : Kindle, iPad, Sony Reader, Nook (Barnes & Nobles), entre elles et contre les éditeurs de livres.
La petite brique bleue, allégorie de la guerre que se livrent Adobe et Apple.
La guerre des « A » pourrait se résumer en un bras de fer entre Apple et Adobe pour la maîtrise du futur standard vidéo sur le Web. Elle a pour illustration cette petite brique bleue qui s’affiche dans une fenêtre toute blanche lorsque vous surfer avec votre iPhone. Très désagréable. Cet icône apparait dès qu’un contenu Flash est présent dans la page : bannière publicitaire, clip vidéo, site full Flash… Adobe, via son application Flash, règne actuellement en maître sur les contenus vidéo disponibles en streaming sur le Web. 75% sont en effet visualisés sous le format Flash. Et pourtant Steve Jobs fait le forcing. Il a décidé de se passer du plugin Flash. Apple n’aime pas Flash. Aucune version de l’iPhone, ni aucune version de l’iPad ne supportera le plugin Flash. Incroyable, non ? Ce n’est pas beau, mais c’est pourtant la réalité.
Derrière cette guerre surprenante entre deux idoles des graphistes, designers et autres créateurs Web, se cache une lutte sans merci pour les revenus générés par le contrôle du standard vidéo. La société Apple Inc. a d’importants intérêts dans le domaine de la vidéo (notamment via Disney qu’elle détient). Elle bénéficie d’une position stratégique sur les devices portables (il y a 2 millions d’iPhones en France, combien d’iPad demain?). Elle sort d’une expérience réussie de standard audio propriétaire lié à un appareil maison (la combinaison implacable entre la diffusion de l’iPod et celle des fichiers AAC d’iTunes lui ont permis de construire une position dominante dans le monde de la musique en ligne). De son côté, Adobe est devenu monopolistique sur la vidéo en streaming. Résultat des courses : la guerre éclate.
Les plus perspicaces d’entre vous savent que YouTube utilise Flash pour toutes les vidéos de son site. Alors comment Apple peut-il mettre autant en avant ce service tout en se passant de Flash ? Apple a tout simplement passé un deal historique avec Google pour pouvoir lire les vidéos de YouTube sur ses iPhones et ses iPad, sans passer par Flash. Je rappelle que YouTube appartient à Google depuis octobre 2006. Ce n’est donc pas un hasard si l’icône de YouTube (le charmant vieux téléviseur) est présent sur tous les iPhones et qu’il n’est pas effaçable, au même titre que les icônes maison d’Apple. Il y a un véritable pacte entre Apple et Google pour détruire le monopole d’Adobe et développer l’utilisation du html5, nouvelle version du langage html qui supporte mieux la vidéo et aidera les deux géants alliés à conquérir le nouveau monde, celui où plus un être humain ne pourra se passer d’un petit appareil connecté et portable qu’on appelle aujourd’hui encore un smartphone.
Alors qui va gagner cette guerre ? Qui va céder le premier? Combien de temps accepterez-vous ces drôles de petites briques bleues ? Si vous avez un avis sur le sujet, n’hesitez pas, exprimez-vous ici-même ! Ce qui est sûr, c’est que les « A » ne sont pas des anges, et qu’à court terme, ça va largement diminuer l’enthousiasme de naviguer sur la tablette iPad.
3 février 2010, 8h00 | Entreprises et tendances du Web
Amazon a annoncé ses résultats 2009 jeudi 28 janvier, le même jour où Steve Jobs révélait les atours de l’iPad. Ce n’est pas un hasard du calendrier, c’est un signe envoyé par Jeff Bezos à son cher ami pour lui signifier : « ton prototype de tablette, il est bien joli; mais regarde bien notre vrai Kindle qui, lui, est déjà sur le marché, comment il booste nos résultats ! » Car en effet, le bénéfice net d’Amazon a fait un bon de +40% en 2009 vs 2008. J’avais parlé d’une excellente audience du site français d’Amazon en fin d’année, et bien voici la confirmation que non seulement elle a été aussi soutenue dans les autres pays où se trouve le géant de l’e-commerce, mais surtout qu’elle est relayée par une transformation en revenus sonnant et trébuchant.
30 janvier 2010, 8h58 | Entreprises et tendances du Web
Steve Jobs a encore réussi un coup de maître jeudi en dévoilant la dernière petite merveille d’Apple : une tablette PC appelée iPad. Contrairement à un iPhone, un iPad n’est pas un objet technologique révolutionnaire. Le concept de la tablette PC existe depuis longtemps et Apple n’a pas développé suffisamment de nouvelles fonctionnalités pour en faire un objet très innovant. Par contre, l’iPad a énormément d’atouts pour s’imposer dans un très grand nombre de foyers comme un objet du quotidien.
Il va opérer la fusion entre plusieurs outils domestiques : le journal du dimanche matin, les ordinateurs et les smart-phones pour naviguer sur le Net, les téléviseurs d’appoint (cuisine, chambre des enfants…), les cadres photo numérique, les lecteurs de livres numériques, les calendriers, les livres de cuisine… Le prix d’entrée (499$) convaincra une partie des consommateurs de l’acquérir ou de l’offrir sans trop se poser de question, juste pour lier l’utile (le multi-touch) à l’agréable (être « inn »).
Stratégiquement et commercialement parlant, c’est un coup presque parfait. Nous verrons très prochainement qu’il lui faudra gagner une bataille cruciale avant de crier définitivement victoire ! (suivez bien mes futurs articles ;o)
Comme tous les ans, les bilans annuels sortent fin janvier pour être dévoilés au MIDEM (Cannes). D’après le SNEP, la musique en ligne se porte très bien puisque le marché français aurait progressé de +56% en 2009 vs 2008. Attention, il ne s’agit que de la vente de téléchargements sur Internet (hors streaming, sonneries…). Au total, si l’on inclut les autres sources de revenus numériques, le marché français baisse de -1,9% (surtout dû à l’effondrement des sonneries) pour atteindre 76 millions d’euros, soit 15% du total du marché de la musique en France.
Peut-on s’en réjouir ?
Oui, c’est plutôt une bonne nouvelle. Cela veut dire que les actions mises en place récemment (fin des DRM, Hadopi…) ont donné un véritable souffle au secteur précis du téléchargement légal. Le marché du streaming pointe aussi le bout de son nez grâce à un honorable x 2,4 (arrivée de Spotify, lancement de l’abonnement sur Deezer…). Si l’on compare aux États-Unis, on peut se dire, soit qu’on a beaucoup de retard, soit que les perspectives sont grandes. En effet le numérique représente déjà 40% du music business aux US, ce qui ridiculise un peu nos 15%. Toujours outre-Atlantique, iTunes est devenu le premier marchand de musique avec 25% du marché total, suivi de Wallmart, Best Buy et Amazon.
Il me reste à vous dire que la très bonne nouvelle vient des ventes de supports physiques. On aurait assisté en 2009 à un « net ralentissement de la baisse du marché » (512 millions d’euros). Espérons que ce ne soit pas seulement dû au fait exceptionnel du mois de juillet, événement impossible à reproduire ni cette année, ni les suivantes : le décès de Michael Jackson.
Très prochainement, je ferai un point plus large sur l’ensemble du marché. Avec un peu de recul historique, nous verrons, malheureusement, que la chute globale de cette industrie est effrayante.